🧠 Le biais social chez l’enfant autiste : une autre perspective

🧠 Le biais social chez l’enfant autiste : une autre perspective

Quand on travaille avec de jeunes enfants autistes, certaines observations reviennent souvent :
👉 Il ne suit pas su regard l’adulte qui se dĂ©place dans la piĂšce
👉 Il ne rĂ©pond pas Ă  l’appel de son prĂ©nom
👉 Il ne rĂ©pond pas au sourire social

Ces comportements sont souvent interprĂ©tĂ©s comme un manque d’intĂ©rĂȘt envers les autres.
Mais si on prenait un pas de recul?

Et si ces rĂ©actions s’expliquaient autrement — non pas par un dĂ©sintĂ©rĂȘt, mais par une maniĂšre diffĂ©rente de percevoir le monde?

C’est une hypothĂšse proposĂ©e par le Dr Laurent Mottron, chercheur et clinicien, dans son ouvrage Si l’autisme n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est? (Éditions ÉrĂšs, 2022). Il y parle entre autres de l’absence de biais social chez les personnes autistes.

📍Le biais social, c’est quoi?

Le biais social, c’est cette tendance naturelle que les humains ont à porter attention aux indices sociaux :
visages, regards, expressions faciales, paroles, intonations


DĂšs les premiĂšres semaines de vie, les bĂ©bĂ©s neurotypiques sont attirĂ©s par les visages et par la voix de leurs parents. Ils cherchent le contact visuel, suivent les yeux de l’adulte, rĂ©pondent Ă  un sourire, rĂ©agissent Ă  leur prĂ©nom ou Ă  une exclamation.

Mais selon Mottron, ce biais social ne serait pas prĂ©sent de la mĂȘme maniĂšre chez les enfants autistes. Leur attention se porterait plutĂŽt sur d’autres aspects du monde :
les objets, les sons non sociaux, les motifs, les détails.

Les stimuli sociaux seraient moins saillants pour eux, moins prioritaires, sans que cela implique un rejet ou une aversion. C’est une diffĂ©rence perceptive, pas une absence d’intĂ©rĂȘt relationnel.

❗Pourquoi c’est important?

Parce que chez les tout-petits, ces comportements sont parmi les premiers indices qui attirent notre attention.
Et lorsqu’ils sont absents ou diffĂ©rents, cela peut facilement mener Ă  des interprĂ©tations erronĂ©es.

L’explication de Mottron vient enrichir notre comprĂ©hension :
👉 si l’enfant ne perçoit pas naturellement les signaux sociaux, il est normal qu’il ne les cherche pas.
👉 il pourrait avoir besoin d’un accompagnement explicite pour apprendre à y porter attention.

🔁 Selon cette hypothĂšse, ce n’est pas une absence d’envie de crĂ©er des liens, mais une autre façon de prioriser l’information disponible autour de soi.

Ce regard ouvre des pistes. Il ne s’agit pas d’adhĂ©rer aveuglĂ©ment Ă  une thĂ©orie, mais de s’en inspirer pour raffiner nos observations cliniques et Ă©ducatives.

đŸ§© Et dans la vraie vie?

Tu as peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  rencontrĂ© un enfant qui :

  • ne tourne pas la tĂȘte quand on l’appelle, mais connaĂźt la routine du dĂźner au son des bols qu’on sort;
  • Ă©vite les contacts physiques, mais s’installe toujours discrĂštement prĂšs du mĂȘme adulte;
  • ne rĂ©pond pas aux sourires, mais se met Ă  sourire quand il entend une chanson prĂ©cise.

Ces comportements s’inscrivent dans une dynamique relationnelle, mais ils ne passent pas toujours par les canaux sociaux classiques.

💡Ce que ça change pour nous, comme professionnel.le.s

Prendre en compte cette hypothĂšse, c’est ouvrir la porte Ă  une observation plus fine, plus nuancĂ©e.

âžĄïž On s’intĂ©resse Ă  la maniĂšre dont l’enfant entre en relation, mĂȘme si elle ne correspond pas aux attentes traditionnelles.
âžĄïž On structure nos interventions sans tenir pour acquis que les signaux sociaux sont saillants pour tous.
âžĄïž On ajuste aussi notre discours auprĂšs des parents, pour Ă©viter de renforcer l’idĂ©e d’un dĂ©sintĂ©rĂȘt ou d’un rejet.

Tu veux creuser un peu plus?

J’en avais parlĂ© dans un Lunch TSA, et les Ă©changes qui ont suivi m’ont confirmĂ© Ă  quel point cette perspective peut nourrir notre rĂ©flexion clinique.

👀 Une hypothĂšse qui ne dit pas tout — mais qui mĂ©rite d’ĂȘtre revisitĂ©e.

C’est un concept que je garde en tĂȘte dans mes Ă©valuations et mes interventions cliniques, et que je continue d’explorer.
✹ Si tu veux l’alimenter ou partager ton point de vue, n’hĂ©site pas Ă  m’écrire.

-Carolyne

cmainville@crcm.ca

 

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